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es sciences humaines et sociales sont un ensemble de disciplines scientifiques étudiant les aspects sociaux des diverses réalités humaines. On les contraste avec les sciences naturelles, et souvent aussi avec les sciences dites « exactes », en raison de leur statut épistémologique spécifique (bien que nulle science ne soit véritablement « exacte », et bien que la linguistique et la philosophie du langage aient pu faire l’objet de tentatives formalistes). L’expression « science sociale » fait sa première apparition en 1824 dans le livre de William Thompson : An Inquiry into the Principles of the Distribution of Wealth Most Conducive to Human Happiness ; applied to the Newly Proposed System of Voluntary Equality of Wealth [réf. nécessaire].
Les sciences sociales semblent regrouper un ensemble de disciplines ayant pour objet l’homme vivant en société ainsi que la société résultant des rapport inter-humains. Les sciences humaines seraient, elles, les sciences ayant pour objet d’étude les hommes, leur histoire, leurs cultures, leurs réalisations et leurs comportements. La distinction entre sciences humaines et sciences sociales semble ainsi, de prime abord, difficile. Toutefois, cette définition semble insuffisante : que faire de l’éthologie, de la psychologie évolutionniste ?
Les sciences humaines et sociales semblent en fait un terme commode pour ranger tout ce qui n’appartient pas aux sciences naturelles. Elles se fonderaient donc sur la distinction entre nature et culture. Cette répartition des sciences a été institutionnalisée par l’université. Le problème principal, et commun, qu’ont à affronter les sciences dites sociales ou/et humaines est celui de la méthode à suivre afin d’atteindre une objectivité relative. Il se confond donc avec de nombreux débats en épistémologie concernant le critère de scientificité et d’objectivité, à supposer qu’on puisse identifier les deux. Cette objectivité des sciences humaines et sociales est structurée autour de plusieurs principes fondamentaux : la neutralité axiologique, théorisée par Max Weber ; la distinction faits-valeurs et le vérificationnisme, théorisés par le Cercle de Vienne et formulées précisément par Alfred Ayer et Carnap. Karl Popper a ensuite substitué le critère de réfutabilité, qui demeure en débat aujourd’hui.
Enfin, l’émergence des sciences cognitives conduit à douter de la séparation stricte entre sciences naturelles et sciences humaines et sociales, dans la mesure où celles-ci rassemblent autour d’un même objet d’étude des disciplines issues de ces deux champs. Si cela n’entame pas nécessairement la distinction sciences de la nature/sciences humaines et sociales, cela du moins montre, comme l’avait déjà fait la statistique, fondamentale dans le développement des études quantitatives, qu’elles peuvent travailler ensemble.
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Définition
Par sciences humaines et sociales, on entend en général un ensemble de disciplines diverses et hétérogènes, telles que, par exemple et dans le désordre, la sociologie, l’économie l’ethnologie, l’anthropologie, la psychologie, l’histoire, la géographie, les sciences politiques, la sociologie, l’archéologie, la linguistique, voire aussi les sciences administratives ou les sciences de la religion, et parfois même la philosophie, la littérature ou la théorie du droit.
Il est difficile toutefois de dégager des caractéristiques communes à toutes les sciences humaines et à elles seules ; par conséquent, on peut légitimement se demander si l’étiquette de science humaine désigne bien quelque chose de positif, ou s’il s’agit simplement d’une étiquette commode pour faciliter la classification des sciences, en les opposant aux sciences dites « dures » que seraient par exemple la physique, les mathématiques, ou la biologie.
On ne peut pas plus définir une science humaine et sociale par son objet, qui serait les sociétés humaines : en effet, des disciplines telles que la psychologie animale, l’éthologie ou la psychologie évolutionniste sont en général regroupés dans le champ des sciences humaines et sociales. En tant qu’elles décrivent le comportement des animaux, elles tendent en effet à nous apprendre des choses au sujet de nous-mêmes, la conception de ces comportements pouvant influencer sur notre conception de la société, et vice-versa [1] Le darwinisme social ou la sociobiologie sont l’exemple d’une telle interaction entre ces deux sphères, de même que l’imbrication, chez Kropotkine, d’une théorie anarchiste sur la société et d’une conception de l’entraide et de la coopération comme principes décisifs dans l’évolution (L’entraide, un facteur de l’évolution, 1902) [1].
L’émergence de ces sciences à partir de la fin du XIXe siècle et au XXe siècle mit en avant la difficulté d’appliquer la « méthode scientifique » traditionnelle à ces domaines, et notamment la possibilité de mettre en œuvre une méthode expérimentale sur le même modèle que la physique. D’autres modalités d’expérience ont ainsi été élaborés, par exemple en psychologie. En outre, le développement de la statistique a permis de formuler des études quantitatives.
On peut ainsi déclarer que les sciences humaines rassemblent :
- de façon positive, les sciences traitant exclusivement de l’homme (histoire, psychanalyse, ethnologie...) ;
- de façon négative (en partie pour des raisons institutionnelles, pour faciliter le classement des disciplines à l’université et dans les bibliothèques), les sciences qui ne sont pas exclusivement naturelles.
Le positivisme
Le XIXe siècle fut l’âge du positivisme, qui désigne, au sens strict du terme, le système d’Auguste Comte. Ce dernier affirmait en effet que la société traversait trois étapes ascendantes et progressives, l’âge théologique, l’âge métaphysique et enfin l’âge scientifique. Cette vision évolutionniste, qui considère l’histoire comme ayant un sens unilinéaire, a été très largement partagée au XIXe siècle (Hegel, Spengler, etc.), bien que la détermination du « sens » en question ait été matière à débat.
Marx et Engels, qui formulent le projet d’un « matérialisme scientifique », ont eu une influence décisive sur le développement des sciences humaines et sociales, bien que la genèse de certaines d’entre elles, dont l’économie, ait précédé la formation théorique du marxisme. Tocqueville, Montesquieu (et sa théorie des climats), Rousseau ont été tour à tour considérés comme des ancêtres des sciences humaines et sociales (Lévi-Strauss a attribué en particulier un rôle fondamental à Rousseau dans sa théorie de l’ethnologie).
Vers la fin du XIXe siècle, les tentatives visant à recourir à des équations pour rendre compte du comportement devinrent de plus en plus communes [réf. nécessaire]. Parmi ces premières tentatives, figurent le cas des « lois » de la philologie qui visaient à cartographier les changements sonores d’une langue à travers le temps [réf. nécessaire].
Le positivisme logique : vérification et distinction faits-valeurs
Au début du XXe siècle, le positivisme logique émerge dans le Cercle de Vienne. Le projet de Bertrand Russell, Carnap, Alfred Ayer, etc., consiste à tenter de réduire la philosophie à la logique afin d’en faire une « science dure ». Par-delà la critique du kantisme, et en particulier de l’existence des jugements synthétiques a priori, il s’agit en fait de reconduire, par d’autres moyens, le projet kantien de faire de la métaphysique une science. Tandis que Kant voulait faire cela en imitant la révolution copernicienne, le Cercle de Vienne compte faire cela en éradiquant les énoncés métaphysiques des sciences elles-mêmes, et par un réductionnisme logiciste affirmé. Le Cercle de Vienne pose ainsi les fondements de la philosophie analytique, qui, par sa méthode, tente de s’affirmer comme science rigoureuse. Dans le même temps, Husserl tente, avec la phénoménologie, de bâtir lui aussi une « méthode rigoureuse ». Ces développements de la philosophie consistent ainsi à essayer de trouver ce qui serait alternative aux méthodes en œuvre dans les sciences de la nature.
Ils influencent nombre de projets théoriques portés par les sciences humaines et sociales, dont le behaviorisme ou le positivisme juridique. De plus, en imposant la distinction faits-valeurs d’un côté, et de l’autre le vérificationnisme, c’est-à-dire l’idée selon laquelle seul peut être validé scientifiquement un énoncé empiriquement testé par l’expérience (au sens large, et non au sens restreint d’expérimentation scientifique), ils conduisent à une certaine conception de la science qui engendrera de nombreux débats en épistémologie. Karl Popper y jouera un rôle majeur, en substituant le critère de réfutabilité au critère vérificationniste, permettant selon lui d’obtenir enfin un critère de scientificité valable. Cela lui permet notamment d’exclure le marxisme et la psychanalyse du champ scientifique.
On peut toutefois se demander s’il est possible d’obtenir un critère unique de scientificité, et si la définition du critère de réfutabilité par Popper ne procède pas d’une volonté préalable d’exclure du champ scientifique marxisme et psychanalyse. La recherche d’un tel critère demeure, aujourd’hui encore, un sujet de recherches problématique pour la philosophie des sciences et l’épistémologie.
Du behaviorisme aux sciences cognitives
Sous l’influence du positivisme logique, le behaviorisme devient la tendance dominante de la psychologie aux Etats-Unis pendant toute la première moitié du XXe siècle, afin d’être critiqué par un renouveau de la philosophie du langage et de l’esprit, puis d’être supplanté par le modèle des sciences cognitives. Celles-ci font rejoindre autour d’un même objet d’étude, le fonctionnement du cerveau et de l’esprit, un ensemble de disciplines hétérogènes, telles que les mathématiques ou la philosophie.
La neutralité axiologique
Outre le positivisme, c’est le principe de neutralité axiologique, formulé par Max Weber dans Le Savant et le politique (1919), qui préside à l’ambition scientifique de la sociologie. Ce principe, qui rejoint partiellement la distinction faits-valeurs (théorisée en particulier par Alfred Ayer dans Langage, Vérité et Logique, 1936), est le réquisit de l’objectivité des sciences humaines et sociales.
Notes et références
- ↑ a b Sur l’interaction entre ces deux sphères, voir Vinciane Despret (1996), Naissance d’une théorie éthologique : La danse du cratérope écaillé, Le Plessi-Robinson Synthélabo.
Bibliographie
- 1934, Encyclopedia of the Social Sciences ;
- 1968, International Encyclopedia of the Social Sciences ;
- 2001, International Encyclopedia of Social and Behavioral Sciences.
- Une école pour les sciences sociales, de la VIe section à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, collectif, 2000, Cerf, Paris
Voir aussi
- Sciences formelles
- Sciences naturelles
- Théorie des sciences humaines
- Science et Histoire des sciences
- Interdisciplinarité
- Listes de revues scientifiques
- Les Classiques des sciences sociales (collection de textes numérisés)
Liens externes
- (fr)(en)Revues.org, portail de revues scientifiques en sciences humaines et sociales
- (fr)Persée, portail de revues scientifiques en SHS numérisées
- (fr)(en)(es) Fondation Maison des sciences de l’homme Appui aux développements des sciences humains et sociales
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- (fr)(en)(es) Fondation Maison des sciences de l’homme Appui aux développements des sciences humains et sociales (www.msh-paris.fr)
- (fr) Le site de l’Académie des Sciences morales et politiques (www.asmp.fr)
- (fr) Le site de la Revue des Sciences Sociales
- (fr) La revue en-ligne interdisciplinaire en sciences sociales EspaceTemps.net
- L’importante collection au Québec de textes numérisés en sciences sociales (classiques.uqac.ca)
- Les classiques des Sciences sociales, site très exhaustif mettant en ligne les oeuvres fondatrices de la sociologie.







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