Betapolitique blog politique connectif
  • L’APPRENTISSAGE - Petit abécédaire sur la double culture des migrants en France, par Nadia Khouri-Dagher

    Nadia Khouri-Dagher, journaliste, d’origine libanaise, publie sur son site un ensemble de textes intitulés « L’APPRENTISSAGE : Petit abécédaire sur la double culture des migrants en France » qui sera prochainement édité. Dans une interview à Afrik.com, Nadia Khouri-Dagher précise sa démarche résolument « positive » : « ma devise, en journalisme, en écriture, comme dans la vie, est cette phrase du Dalaï-Lama : "Certains regardent la vase au fond de l’étang ; d’autres contemplent la fleur de lotus à la surface de l’eau ; il s’agit d’un choix". D’où mon regard positif sur l’intégration en France : si on veut bien prendre la peine de regarder la fleur, au lieu de la vase... »

    Extraits :

    Banlieue :

    C’est en banlieue parisienne que nous avons débarqué, passant d’une capitale cosmopolite, maritime et animée, Beyrouth, au calme résidentiel d’une commune de 30 000 habitants, composée presque uniquement de familles françaises et de pavillons alignés dans des rues calmes (...) Et c’est bien les codes de cette nouvelle tribu d’adoption que nous avons, au début, essayé d’intégrer. « ’Jour m’sieu dames », en poussant la porte d’un café, des patins aux pieds pour ne pas rayer le parquet, des papiers peints imprimés parce que c’est ce que tout le monde faisait, des blouses d’intérieur à enfiler sur sa robe pour ma mère et pour le ménage et dont la Redoute vend encore quelques pages aujourd’hui, l’art du pique-nique français, saucisson-cornichons-salades, tables chaises pliantes et glacière en plein cœur d’une forêt, l’apéritif que mes parents découvraient comme un nouveau rite de sociabilité, bref mille et un rites, que nous allions vite abandonner pour certains, en découvrant qu’ils ne relevaient pas d’une culture française mais d’une culture populaire française, comme les patins de parquet la blouse d’intérieur le « Jour m’sieu dames » pour parler de ceux-là (...)

    César (de Pagnol)

    (...) Dans César, comme dans les films de cette époque-là, surtout s’ils se passent dans le Sud de la France, je reconnais pleinement, moi, fille d’émigrants venus du Levant, une culture commune, méditerranéenne, latine sans doute, où les valeurs sont les mêmes, partagées sur les deux rives, mais ont évolué différemment ici et là depuis ces années-là (...)

    Harem

    (...) Harem vient de la racine harama, qui veut dire interdire. Haram signifie interdit, péché. Hourma désigne la femme, et féminin se dit harimi. Le harem, c’est donc, littéralement : le lieu, interdit, où vivent les femmes. Le gynécée. Les tableaux et photos de harem datant du XIX° sont une reproduction très exacte des harems où purent pénétrer les peintres et voyageurs d’Orient : les bordels (...) A cause de ce malentendu fondamental, ces visions du seul univers féminin auquel purent avoir accès ces étrangers de passage - munis le plus souvent de la double puissance du client et du colon - ont alimenté des fantasmes encore tenaces sur la lascivité des femmes orientales, et, plus grave, par extension, sur la paresse qui serait inhérente à la race orientale

    Litote

    Faut pas se gêner ; On n’est pas arrivés ; Y a pas des tonnes... Débarquant enfant en France, l’une des premières choses qui m’étonna fut cette manière de parler des Français : au lieu de dire ce qu’ils pensent, ils disent … le contraire de ce qu’ils ne pensent pas ! Ce qui, vous en conviendrez, n’est pas la tournure la plus simple du monde – vous voyez, moi aussi j’ai appris ! Pour moi cette manière de s’exprimer était comme chuchoter au lieu de parler, dire les choses à moitié, ne pas se baigner dans l’eau mais plonger seulement ses orteils. A l’école, on m’enseigna que le « Va, je ne te hais point » lancé par Chimène à Rodrigue dans Le Cid était la plus torride des déclarations d’amour de la littérature française. Et j’appris à cette occasion un nouveau mot : litote. Que je ne connaissais pas, car nous francophones du Moyen-Orient, nous n’en usions pas (...)

    World :

    (...) L’ouverture de l’Occident aux musiques du monde entier, et même aux musiques des siècles passés de compositeurs de tous pays, Autriche Italie Russie Allemagne Chine Indonésie, me parle de civilisation, me parle d’humanité, me parle de progrès. Et les menaces qui dans certains pays pèsent sur les artistes, chanteurs algériens assassinés des années 90, chanteurs étrangers interdits à l’Est du temps du bloc communiste, sont comme le résumé de toutes les autres censures, de toutes les autres atteintes à la liberté. Car il faut se sentir libre au plus profond de soi pour goûter une musique qui ne vous appartient pas. Il faut se sentir libre totalement pour se débarrasser des préjugés des normes auditives qui là comme ailleurs – vêtements, cuisine, manières de vivre – nous surprennent et, parce que nous ne les comprenons pas, ne nous plaisent pas (...)


Répondre à cette brève



Envoyez-nous vos articles et vos brèves

Chroniques

Christian Sautter

Nicolas Véron

L’oeil de Budgetor

Josh se lâche

Jean Jaurès Online

Les Zaz de l’Ocsena

Non à la guerre en Iran !

Prince Président

Sarkofrance

Commissariat au Plan-Canal historique

Raphaël Anglade

Bastien Gentil

Aline


Charte et Mentions Légales | Participez | Espace rédacteurs | RSS 2.0

contact, signaler un contenu ilicite ou faire une suggestion : contact@betapolitique.fr

Réalisé par Happy Content | Hébergé par powered by typhon | Développé sous SPIP