Mais il me semble important de distinguer deux types d’« ouverture ». Je mettrai d’un côté les membres du gouvernement issus de la gauche comme Kouchner, Boeckel ou encore Besson, et d’un autre côté les personnalités de gauche qui ont accepté des missions comme Strauss-Kahn ou Lang. Dans le premier cas, il s’agit d’une adhésion aux idées de Nicolas Sarkozy d’hommes politiques issus de la gauche plutôt rose très pâle. Dans le deuxième cas, il s’agit de personnalités plus clairement à gauche qui ont accepté de servir les intérêts de la France. Il faut rappeler que le socialiste Pascal Lamy est à la tête de l’OMC suite à une proposition de Jacques Chirac, un président de droite !

Revenons plus en détails sur l’adhésion de certains « socialistes » au gouvernement de François Fillon. Le cas d’Eric Besson est à mon avis à mettre de côté. C’est le cas d’un traite, peut-être arriviste ! Je ne pense pas qu’on puisse le considérer encore aujourd’hui comme un homme de gauche et je ne comprends toujours pas pourquoi Nicolas Sarkozy l’a choisi dans son gouvernement. Le cas Boeckel est un peu plus compréhensible, parce que le sénateur maire de Mulhouse a toujours affiché son admiration pour Tony Blair et qu’il devenait de plus en plus sarkocompatible idéologiquement. Il est dommage qu’un homme de sa qualité ait toujours été mis à l’écart par le PS. Il voulait participer activement à la campagne de Ségolène Royal, mais on lui avait fait comprendre qu’il n’avait plus tout à fait sa place au PS. Maintenant en tout cas il est passé à droite !

Le choix de Bernard Kouchner est nettement plus judicieux. Le Président de la République et son ministre des affaires étrangères ont cette même volonté de régler un certain nombre de conflits dans le Monde. Le Darfour en est un exemple. Il faut reconnaître qu’à droite le choix pour ce poste était un peu plus restreint. Il n’était sûrement pas politiquement habile de nommer Villepin ou Juppé au quai d’Orsay. A droite, il n’y a pas franchement de pointures pour ce poste. Le choix de Philippe Douste-Blazy n’avait aucun sens. De son côté, Bernard Kouchner a toujours rêvé du quai d’Orsay et la gauche ne lui a pas toujours prêté une oreille attentive. Il faut comprendre qu’à 67 ans, il ait fait ce choix pour avoir les moyens de l’action et de l’intervention.

Intéressons-nous maintenant à la deuxième catégorie de socialistes que Nicolas Sarkozy a sollicités. La participation de Jack Lang au comité de réflexion sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions n’a rien de surprenant, puisque, dans son livre Un nouveau régime politique pour la France, le député socialiste propose un régime présidentiel à l’américaine pour la France. Il a donc toute sa place dans ce comité. Par ailleurs, le soutien à la candidature au poste de président du FMI de Dominique Strauss-Kahn s’inscrit dans une logique européenne. Nicolas Sarkozy apporte son soutien à un homme dont les compétences sont reconnues à droite et à gauche, en France et en Europe. Le député du Val d’Oise gagnera ainsi une stature internationale qui pourrait lui être utile dans le cadre d’une campagne présidentielle.

Nous avons donc fait une distinction entre les hommes de gauche passés à droite et les socialistes qui ont accepté une mission pour la France. Il ne faut pas croire pour autant qu’on assiste à un effondrement du parti socialiste. Eventuellement, on pourra dire que Nicolas Sarkozy fait le ménage au parti socialiste pour laisser la place à une nouvelle génération. Mais on ne peut pas à mon avis parler réellement d’une ouverture à gauche. Mais il est clair qu’avec de telles manœuvres politiciennes Nicolas Sarkozy s’inscrit dans la durée. Toutefois, une vraie ouverture à gauche aurait été de nommer Laurent Fabius au ministère des Finances et de proposer le SMIC à 1500€ !

Jérôme


- Jérôme Meyer

Un article issu de : Jean Jaurès... Online

À voir en ligne ici : http://www.ps-ens.org/Blog/index.php?2007/08/30/93-louverture-a-gauche-de-ni (...)



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