Laïcité , Islam
Acturevue | 11 août 2009 | | 1 commentaires
La burka : Phénomène minoritaire ?
Moins de 400 femmes portent un voile intégral selon la police.
En Juin 2009, une soixantaine de députés emmenés par le député PCF André Gérin, réclamaient la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur le port de la burka en France.
Il n’en fallait pas plus pour relancer l’émotion que l’on venait tout juste de quitter après que la loi sur le voile ait été votée en 2004.
Acturevue aurait pu immédiatement, comme des dizaines de journalistes, de blogueurs, d’hommes politiques, se prononcer sur cette commission et sur l’éventuelle loi qui allait en sortir.
Mais que cela aurait-il signifié ?
Il était franchement risible de voir certains journalistes comme Christophe Barbier (rédacteur en chef de l’express) ou bien d’autres encore, commenter les faits, donner leur point de vue sur une question de société dont les informations sont encore aujourd’hui tout à fait parcellaires.
En effet, ni moi, ni personne, savions l’ampleur du phénomène. Combien de porteuses de burka existe-il en France ? Quelles seraient les modalités des textes pouvant émaner de cette commission ? Quel serait le sujet qu’elle allait aborder, alors même que l’on venait tout juste de voter une loi interdisant, entre autres, le port du voile à l’école ?
Mais au-delà du ridicule emballement médiatique que cette commission suscite, on redécouvre aujourd’hui l’éternelle ambiguité des relations entre la France et le monde musulman. Certains ne se privent pas de mêler à la burka, les noms "d’islamistes", d’"al-quaïda", d’"Iran" (oubliant, aussi, de rappeler que le port de la burka concerne une minorité afghanne et non musulmane). Et ont ainsi créé l’amalgame le plus propice à convaincre les moins informés sur le sujet.
Pourtant les chiffres sont tombés...
Selon la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, 367 femmes porteraient la burka en France, ou une autre forme de voile intégral. Elles auraient toutes moins de 30 ans et la porteraient pour la plupart, volontairement.
La surprise de ce chiffre devrait à elle seule faire réfléchir tous ces députés qui voulaient faire, de ce phénomène minoritaire, un problème général de société.
Cela n’a pas empêché André Gérin, de contester la véracité des chiffres de la police. Tout comme Christophe Barbier qui, argument de « taille » à l’appui, prétend qu’ils sont faux car selon lui… « Il suffit de descendre dans les rues de certains quartiers pour se rendre compte que beaucoup plus de femmes musulmanes portent un voile intégral ».
Ce dernier poursuit en déclarant qu’il n’y a pas « de port innocent de la burka ». Ah bon ? Alors que faut-il penser du voile des religieuses catholiques ?
Enfin, C. Barbier s’interroge : « Est-on sûr que la plupart d’entre-elles ne le portent pas contre leur gré ? »
Mais, Monsieur Barbier, est-on sûr qu’aucune d’entre elles n’ait pas choisi de porter le voile, comme d’autres choisiraient de porter le voile catholique ?
Pourquoi la soumission à Dieu de certains musulmans est immédiatement assimilable au fanatisme ?
Quand cela ne l’est pas pour ceux qui intègrent des monastères, ou jurent ne jamais avoir de relations sexuelles … La soumission à Dieu paraît logique et peu critiquable concernant certains (catholiques de préférence), mais répugnante pour d’autres.
Il est évident que pour certaines femmes, le port du voile intégrale n’est pas volontaire et est imposé par un parent ou un membre de la famille. Mais il est aussi évident qu’une loi interdisant le port de ce voile ne règlera sûrement pas ce phénomène « ultra-minoritaire ».
L’histoire nous a trop enseignée qu’imposer ses valeurs par des lois ou pire encore n’a pas toujours eu la portée espérée.
Interdire le port de la burka…
C’est stigmatiser encore une fois de plus les musulmans.
C’est prendre le risque que celles qui portent ce voile intégral par contrainte, se voient tout simplement obligées de rester cloîtrées chez elles.
Si la burka est véritablement le symbole d’un fanatisme, c’est autrement qu’il faut poser le problème et apporter des solutions. L’interdire, c’est donner le moyen à une minorité radicale d’aller plus loin encore pour opprimer la femme, et d’associer véritablement au voile, le symbole d’une résistance à l’occidentalisme.
Il est surprenant de constater qu’il faille encore et toujours légiférer alors que la question aurait dû être réglée par la loi sur le voile. Aujourd’hui, aucune petite fille n’est censée mettre le voile sous contrainte. Si tel est le cas, cela se passe dans l’indiscrétion de tous. Une loi est donc inutile, et ne serait qu’être une provocation de plus envers la communauté musulmane. Légiférer sur la tenue vestimentaire des adultes musulmanes (bien qu’il ne soit pas inscrit dans le coran qu’il faille porter une burka) paraît totalement absurde. Prétendre ,parce que l’on vit en France, qu’il faut respecter les codes vestimentaires et culturels de ce pays l’est tout autant. Quel est la tenue du parfait petit français ? Est-ce dire qu’il est plus légitime de se soumettre à la loi du jean-string-bikini ? Une loi de ce genre n’aurait donc pas forcément de sens, et pourrait avoir un résultat dont personne ne souhaite déplorer les effets.
Protéger ces femmes victimes des fondamentalistes paraît primordial. Mais n’allons pas croire que les signataires du texte d’André Gérin se soucient véritablement du sort de ces « musulmanes ».
Le travail de certaines associations, le dialogue avec elles et leur écoute, à parfois beaucoup plus de sens et de portée qu’une loi qui ne saurait, qu’une fois encore, confondre les musulmans et les islamistes tout en marginalisant un peu plus cette religion. D.Perrotin
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