crise du politique , Quinquennat Sarkozy
Jean François Kahn | 19 février 2008 | | 17 commentaires
Pour Jean François Kahn, Sarkozy est fou
Jean-François Kahn vient d’accorder un entretien video à @rrêt sur images.
Extraits :
Jean-François Kahn : - Réfléchissez un moment : si c’est vrai,
l’affaire du SMS. Je suis désolé, mais c’est l’asile... Vous imaginez ? Ce qui m’étonne, c’est qu’on ne prend pas conscience. C’est à dire que le mec sa place est à Charenton si c’est vrai ! (...) C’est énorme ! C’est une bombe atomique, c’est à dire c’est l’empeachment !
(...)
Quand on a fait ce numéro [de "Marianne"] qui s’appelait Le vrai Sarkozy, où il y avait des choses dures. Moins unilatérales
qu’on le prétend aujourd’hui et qu’on le dit aujourd’hui -
mais des choses effectivement dures. Que j’assume ! Et je dis que
je le referais !
Daniel Schneidermann : - En gros ce que vous disiez c’est "cet homme quelque part est fou". Déjà, il y a un an.
J-F. Kahn - Je suis plutôt fier d’avoir dit quelque chose qui aujourd’hui me semble en effet essentiel (...).
D. S. - "Essentiel", mais confirmé par les faits ?
J-F. Kahn - Qu’est-ce que vous croyez ? J’ai fait des erreurs dans ma vie, d’analyse etc. J’ai 46 ans de journalisme, je crois que jamais je n’ai été mis en faute d’être un fou moi-même, qui écrit n’importe quoi des bêtises etc. Vous croyez que j’ai écrit ça, comme ça ? Je le connais, on le connait, les gens le connaissent... C’est une certitude ! Et tout ce qui s’est passé depuis montre que quelque part il a un grain, quoi, voila.
(...)
Ce qui est terrible (...), c’est que beaucoup de gens y croient [au
SMS]. Moi j’y crois pas. Je ne peux pas y croire. Je n’arrive pas à croire que c’est possible qu’il ait fait ça. Pour la raison que je vous dit, parce que c’est trop fou !
D. S. - C’est bizarre, vous êtes celui qui a dit il y a un an, quand personne ne le disait, "cet homme est fou quelque part" : et là vous n’y croyez pas.
J-F. Kahn - J’ai dit qu’il était fou quelque part, je n’ai pas dit qu’il fallait le mettre à Charenton tout de suite ! (...) Là ça dépasse l’imagination. Donc je n’y crois pas.
Jean-François Kahn, invité d’@rrêt sur images
***
Jean-François Kahn avait donc publié dans "Marianne", à la veille du premier tour des présidentielles, un dossier intitulé Le vrai Sarkozy. Etonnant de relire ça à la lumière des
évènements de ces dernières semaines...
Extraits :
« CETTE VÉRITE INTERDITE
Le problème Sarkozy, vérité interdite, est ailleurs. Ce que même la gauche étouffe, pour rester sagement confinée dans la confortable bipolarité d’un débat hémiplégique, c’est ce constat indicible : cet homme, quelque part, est fou ! (...)
(...) Les médiateurs savent, les décideurs le pressentent. Mais les uns et les autres ont comme signé un engagement : on ne doit pas, on ne doit sous aucun prétexte, le dire.
(...)
"Fou", entendons-nous : cela ne rature ni l’intelligence, ni l’intuition, ni l’énergie, ni les talents du personnage. "Fou" au sens, où, peut-être, de considérables personnages historiques le furent ou le sont, pour le meilleur mais, le plus souvent, pour le pire. Ecoutons ce que nous confie ce député UMP, issu de l’UDF, officiellement intégré à la meute "de Sarkozy" : "On dit qu’il est narcissique, égotiste. Les mots sont faibles. Jamais je n’ai rencontré une telle capacité à
effacer spontanément du paysage tout, absolument tout, ce qui ne renvoie pas à lui-même. Sarko est une sorte d’aveugle au monde extérieur dont le seul regard possible serait tourné vers son monde intérieur. Il se voit, il se voit même constamment, mais il ne voit plus que ça."
ET POURTANT, EN PRIVE, ILS LE DISENT
Tous les journalistes politiques savent, même s’ils s’interdisent d’en faire état, qu’au sein même du camp dont Sarkozy se réclame on ne cesse de murmurer, de décliner, de conjuguer. Quoi ? Ça ! Lui confier le pouvoir, c’est, déclara Jacques Chirac
à ses proches, "comme organiser une barbecue partie en plein été dans l’Estérel". Claude Chirac a, elle, lâché cette phrase : "J’aurais préféré Juppé. Lui, au moins, c’est un homme d’Etat." Le ministre libéral François Goulard ne le dissimule pas : "Son égotisme, son obsession du moi lui tient lieu de pensée. La critique équivaut pour lui à une déclaration de guerre qui ne peut se terminer que par la reddition, l’achat ou la mort de l’adversaire." Sa principale faiblesse ? Son manque total d’humanisme. "Chirac, lui, a le souci des autres, de l’homme. Sarkozy
écrase tout sur son passage. Si les Français savaient vraiment qui il est, il n’y en a pas 5 % qui voteraient pour lui."
Un des plus importants hiérarques de l’UMP, officiellement soutien fervent du candidat (comment faire autrement ?), renchérit : "Sarkozy, c’est le contraire de l’apaisement. Chirac, vous verrez, on le regrettera. Lui, il n’a jamais eu de mots violents." "Attention", met en garde le ministre de l’Agriculture, Dominique Bussereau, "on va très vite à la révolte aujourd’hui." "La France, c’est du cristal", dit, inquiet, Jean-Pierre Raffarin.
Dominique de Villepin a mis sa langue dans sa poche. Il n’en pense pas moins... que Sarko "a loupé sa cristallisation" ; que "sa violence intérieure, son déséquilibre personnel, l’empêchent d’atteindre à la hauteur de la présidence". Les chiraquiens du premier cercle, Henri Cuq (ministre délégué aux Relations avec le Parlement), ou Jérôme Monod, le conseiller, ne veulent pas déroger à la consigne du silence. Mais, en petit comité, les mêmes mots reviennent : "Ce garçon n’est pas mûr. Il n’est pas fini. Il a un compte à régler avec la vie qui le pousse à
créer de l’affrontement partout, et non à rassembler." D’autres brodent : "C’est un enfant qui n’atteindra jamais l’âge adulte." »
Dossier complet Le vrai Sarkozy en accès libre au format PDF ("Marianne", 21 avril 2007)
***
En novembre dernier, sur le plateau de "Ripostes", Jean-François Kahn revenait sur "le problème Sarkozy" :
Extrait :
J.-F. Kahn, une nouvelle fois prémonitoire (s’adressant à
l’UMP Pierre Lelouche) : « Mais il y a un problème, terrible ! Que vous allez porter, qui va être un cauchemar pour vous... C’est Sarkozy ! Ce narcissisme inouï ! Cette hypertrophie du moi, absolument incroyable... Ce type qui ne peut pas faire un discours sans dire « Je, je, je »... Et on lui dit « mais dites un peu moins "je" » : il ne peut pas ! Et on lui dit « mais attendez, tous les jours à la télé,
à la radio etc., mais vous allez vous user, arrêtez » : et il ne peut pas ! (...) ça devient évident pour tout le monde qu’il y a un problème qui est terrible pour vous, qui est le problème en effet, du caractère, et de cette folie de Sarkozy d’une certaine manière. »
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En prolongement, on pourra lire cet article du psychiatre Serge Hefez consacré à Sarkozy : Sarkose obsessionnelle (24/01/2008)
Extraits :
« Certes il exhibe son bon plaisir et nous rappelle, si nous en doutions, que le pouvoir, ça fait jouir, sur tous les plans et dans toutes les positions. Qu’un mâle exultant sur le trône de ses conquêtes fasse fantasmer les foules n’a rien de surprenant. Mais qu’un homme utilise à ce point son mandat pour le convertir en jubilé ininterrompu, en ivresse de lui-même, en stimulant pour mieux désirer et
être désiré commence à susciter un réel malaise.
(...)
Les narcissiques sont des sujets blessés,
précisément carencés du point devue de
l’estime d’eux-mêmes du fait de déceptions
précoces. Qui leur reste-t-il à aimer sinon eux-mêmes ? Ils ont
alors le souci d’être non seulement un, mais unique, sans
plus d’ancêtre que de successeur.
Le narcissisme pathologique est celui d’un individu soucieux de
contrôler les impressions qu’il donne à autrui, avide
d’admiration mais méprisant ceux qu’il parvient à
manipuler, insatiable d’aventures affectives pouvant combler son vide intérieur, obsédé par son propre vieillissement. En dépit de sa souffrance, il évolue avec succès dans les institutions bureaucratiques qui encouragent la manipulation des relations interpersonnelles,découragent la formation de liens interpersonnels profonds et fournissent à l’envie approbation et désapprobation qui alimentent les atermoiements de l’estime de soi.
Le narcissisme est bien plus qu’un terme métaphorique pour
désigner une obsession de soi ; c’est une formation
psychique dans laquelle l’amour rejeté se retourne contre le
moi sous forme de haine.
Chacun semble aujourd’hui prendre conscience que la machine
s’emballe ; chacun guette l’accélération des tics de
« Cheval fougueux », soupèse l’éventualité d’une explosion en plein vol et les éditorialistes du monde entier se déchaînent. L’activisme forcené de notre président, en virant à une gesticulation de plus en plus vidée de sa substance et de sa vérité, semble à
présent mettre en scène, sous nos yeux ébahis, le spectacle de son autodestruction. »
Le même Serge Hefez avait déjà livré, en mai 2007, une analyse détaillée du "pervers narcissique" (sans nommer toutefois Nicolas Sarkozy) : Petite leçon de psychologie : le pervers narcissique et ses complices. Là impossible de sélectionner des extraits, il faudrait tout mettre...
Par ailleurs, il est étonnant comme l’article "Pervers narcissique", dans l’encyclopédie en ligne Wikipedia, fait irrésistiblement penser à quelqu’un...
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Il est toujours instructif et profitable, en particulier depuis un an et demi, d’aller consulter la presse étrangère : celle-ci s’autorise, à propos des affaires intérieures françaises, une liberté de ton que l’on ne trouve plus depuis longtemps dans la presse française.
Ainsi cet étonnant article, signé par le directeur adjoint du quotidien espagnol de référence, "El Pais" :
Sarko c’est fini (14/02/2008)
Extrait :
« Les français ont un problème. Ils croyaient avoir un
super-président, un hyper-gouvernant, qui les sortiraient de
la dépression et de la décadence, et maintenant ils
se rendent compte qu’ils ont un président comme l’ont
été beaucoup d’autres, malade, limité en ses
fonctions, dont il faut s’occuper et qu’il faut protéger pendant que
s’organisent les choses pour que la France fonctionne et que le
gouvernement et les institutions remplissent leur rôle. Ce
n’est pas une situation insolite : Pompidou et Mitterrand aussi furent malades et diminués
(...). La maladie dont souffre Sarkozy n’a pas la gravité du
cancer de Mitterrand, mais affecte l’organe vital qu’est l’ego, qui souffre chez lui d’une hypertrophie probablement irréversible. Pour une personne si jeune et active, surtout sentimentalement,
l’indisposition est sérieuse et de traitement difficile.
(...)
Sarkozy se dirige vers un isolement personnel qui ne peut conduire
qu’à la colère ou à la mélancolie. Même son impopularité est extravagante : elle n’est
pas due à un programme de réformes non
appliqué, mais à son comportement personnel. »
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