La polémique née des propos de François Bayrou, jeudi soir sur France 2, à l’encontre de Daniel Cohn-Bendit, suscite des commentaires variés. Ceux qui ne l’aimaient guère se jettent sur lui. Même désemparés, ces fidèles le défendent en expliquant que c’est le jeu. Vendredi, Bayrou s’est enfoncé un peu plus au yeux des critiques en répétant qu’il ne regrettait rien, et que Cohn-Bendit n’avait qu’à désavouer les propos qu’il avait écrit sur la sexualité enfantine en 1975... Bayrou est donc autiste ou manipulateur. Car Cohn-Bendit avait déjà renié, en 2001, ces quelques lignes provocatrices. Et le lendemain même de l’affrontement, il avait répété ses explications.

Sur le fonds, cet électrochoc a provoqué d’autres réflexions sur l’avenir et le rôle du Modem. On sait bien que Bayrou suit une stratégie simple et rationnelle de débordement du Parti Socialiste. En 2007 déjà, il disputait déjà le leadership de l’opposition au candidat de l’UMP. Il n’a pas changé de ligne. Contrairement aux commentaires médiatiques, le programme de Bayrou n’est pas flou. Il a des idées bien claires sur à peu près tous les sujets. Seulement, il n’en traite qu’une partie à longueur d’interviews et de meetings, celle la mieux à même de convaincre des sympathisants socialistes déçus : la défense des libertés publiques, l’impartialité de l’Etat, l’indépendance des médias. Ajoutez-y un peu de compassion sociale, et le tour est joué.

Face à cette offensive persistante sur l’électorat de centre-gauche, la gauche socialiste réagit assez mal. C’est plutôt légitime quand on se fait chiper une partie de son fonds de commerce. L’affrontement intra-socialiste lors du Congrès de Reims a ainsi tourné autour de la question de l’alliance avec le Modem. On a stigmatisé Ségolène Royal, comme tous ses proches, d’être compromis "par avance" avec le centre (et donc la droite). Pourtant, y-a-t-il une autre solution que de tendre la main au leader centriste ? Le camp segoliste (et pas que lui) militait pour une alliance large, afin de renverser la vapeur. Tendre la main au Modem est la preuve d’un respect pour un électorat qui le mérite (et qui hier votait parfois socialiste), et une nécessité politique pour rassembler et gagner.

Et il n’y a aucun danger à tendre cette main au centre. François Bayrou la refusera toujours. On appelle cela le baiser de l’araignée. Il est dommage qu’une courte majorité du Parti Socialiste n’ai pas compris cette évidence.

Imaginez qu’au soir des élections européennes, les leaders du Modem, des Ecolo et du PS, voire du Front de Gauche annoncent en direct leur intention de constituer une plate-forme politique commune en vue de la présidentielle de 2012, ou plus simplement leur accord pour des primaires. Imaginez alors la mine déconfite des leaders de l’UMP, à la tête d’un camp soit-disant majoritaire qui ne pèse plus que 25% des suffrages...