Comme on nous l’a rappelé récemment avec “l’affaire” Benjamin Griveaux, des images tirées de la vie privée de certaines figures politiques peuvent avoir des conséquences importantes sur leur vie professionnelle et leur vie en général. Plus globalement, on se rend compte que la vie politique n’est plus dictée que par les engagements pour des partis ou pour des causes, mais également par un traitement de l’image des acteurs qui représentent ces engagements. Les actions de délation dont sont victimes les différentes personnalités tous partis confondus semblent être encouragées par les médias, même si elles sont dans la plupart des cas unanimement condamnées par les politiques eux même. Mais quelle place à vraiment l’image en politique ?

“Une image vaut 1000 mots”

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Ce vieil adage semble prendre un sens particulier dans le monde politique. De nombreux analystes estiment qu’une image mettant en scène une personnalité politique de nos jours aurait plus de puissance que les discours et les engagements de cette dernière. Et c’est encore plus vrai dans dans le cas ou il s’agit d’une photo ou d’une vidéo compromettante. Les études des marqueteurs montrent que les articles qui entrainent des sentiments extrêmes sont les plus efficaces, et ceux entrainant de l’indignation et de la colère seraient encore plus efficaces et plus marquants que ceux déclenchant une joie extreme ou un fou rire. Il en va de même avec les photos de personnalités politiques. Une photo d’un candidat heureux avec sa famille ou un cliché volé de ce dernier faisant du bénévolat pour une association vont influer sur son image et sa notoriété, mais une vidéo à caractère pornographique à destination de quelqu’un d’autre que sa femme qui serait diffusée sur les réseaux sociaux sera infiniment plus puissante. Peu importent les discours, les engagements, les points de vue et les projets du candidat, c’est l’image et ce qu’elle implique qui prend le dessus.

Quand l’appareil photo devient une arme

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Peu importe également le type d’appareil utilisé pour la captation de l’image. Qu’il s’agisse d’un smartphone d’une grande marque dégainé pour une vidéo d’un moment volé, d’un appareil photo instantané pour capturer un angle précis d’une action ambiguë, d’une caméra 4K cachée derrière un miroir sans teint ou d’un appareil photo miniaturisé caché dans un stylo ou une clé de voiture, l’appareil devient une arme puissante utilisable dans une guerre politique sans merci et qui semble respecter de moins en moins de règles. Les politiques s’insurgent de certaines de ces pratiques, mais elles sont encouragées par les médias et indirectement par les lecteurs et les consommateurs de news qui en redemandent.

Tout le monde devient soldat

Il y a quelques années encore, ce travail de prise de vue et de délation pour créer du scandale était réservé à des paparazzi et autres professionnels du milieu, mais les choses ont changé. Le matériel devenant de plus en plus accessible et la qualité des clichés s’améliorant à vue d’oeil, tout le monde peut devenir un “lanceur d’alerte” sur des sujets qui leur tiennent à coeur ou non. Certains utilisent ces armes dans un but clair de nuire et pour en faire profiter une cause ou un parti, mais d’autres pensent simplement à l’impact médiatique qui pourrait leur rapporter de l’argent si les images sont correctement exploitées.

L’image avant tout ?

On se rappelle tous de Nicolas Sarkozy étant décrit comme un “Président Bling Bling”, notamment en raison de certains clichés laissant apparaitre une Rolex et des habits de luxe. Mais nous souvenons-nous aussi clairement de ses propositions concrètes et politiques de l’époque ? On a tous en tête Emanuel Macron hurlant sa fameuse phrase “Parce que c’est notre projet” comme en transe lors d’un meeting pendant sa campagne, mais connaissons nous les détails de ce qu’il proposait à l’époque ? On a en tête l’image de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Melanchon s’égosillant sur des plateaux TV ou dans des meetings politiques, mais connaissons nous tous les tenants et les aboutissants de leurs programmes respectifs ? On se souviendra de “L’affaire Griveaux” qui a détruit sa carrière et sa vie privée (tout en faisant presque l’apologie de la dénonciation et du “sexting secondaire”), mais nous rappellerons-nous de sa vision des choses et de ses idées ? La politique est-elle devenue un combat d’image au moins autant qu’un combat d’idéologie ? La question reste complète, et effrayante.